Pas de faillite, mais un avenir !
Le Château du Bois d’Arlon et son restaurant les Jardins de la Conciergerie ne sont pas en faillite ! En fait, il n’y a jamais eu de faillite puisque celle qui avait été prononcée en novembre à Arlon, malgré toutes les protestations des propriétaires des lieux, a purement et simplement été annulée en appel à Liège. Il a fallu des mois pour que Fabienne Fontaine et Michel Mathieu obtiennent gain de cause. Des mois de souffrance inutile, pour eux, leurs salariés et leurs fournisseurs.
Bref rappel des faits. Le 25 novembre 2010, le tribunal de commerce d’Arlon prononçait la faillite de la SPRL gérant le Château du Bois d’Arlon, l’hôtel et le restaurant Les Jardins de la Conciergerie. C’est essentiellement l’ONSS qui a assigné la SPRL et poussé à cette faillite forcée. La société, à ce moment, se relevait de débuts difficiles, dus à de très gros investissements pour faire d’un chancre oublié par le patrimoine local un château au lustre redoré, un établissement 4 étoiles unanimement reconnu pour sa qualité et doté peu à peu de ce qui lui avait manqué au démarrage de l’activité, un restaurant gastronomique, lui aussi unanimement apprécié. Concrètement, la SPRL avait alors doublé son chiffre d’affaires et des carnets de commande pleins sur un moyen terme. Mais si dettes il y avait, c’était uniquement la cause de la faillite en octobre 2009 de la maison mère (DSB bank) de leur organisme de crédit et donc d’un crédit hypothécaire non obtenu. C’est à partir de ce moment-là que les difficultés ont commencé.
Fabienne Fontaine et Michel Mathieu, associés dans l’affaire, pouvaient mettre dans la balance un patrimoine appréciable, l’intégralité du domaine boisé leur appartenant en propre. Depuis 2005, ils ont payés des factures à des entreprises et organismes de la région pour près de 10.000.000,- €. Pour toutes ces raisons, notamment, ils contestaient la mise en faillite d’office. Avec l’aval de la curatelle, ils poursuivaient l’exploitation de leur entreprise, sans mettre quiconque à la rue à la veille de Noël. Ils se défendaient et, surtout, allaient en appel de la décision de faillite.
Victimes de la crise, mal informés par la justice
Et la cour d’appel de Liège a donné raison aux gérants du Château, défendus par Me Pierre Ramquet : la décision de faillite a été annulée. Motif : la défense n’avait, dans le palais de justice arlonais où tout avait été très (trop ?) vite, pas eu la parole. Violation des droits de la défense, qui n’avait pas pu déposer la moindre requête. La société dépose une requête en réorganisation judiciaire, afin de faire face à ses obligations. Mais elle continue. Elle remercie au passage celles et ceux qui, clients, employés, fournisseurs, n’ont pas cessé de lui faire confiance, à l’inverse de certains oiseaux de mauvais augure, aux airs de rapace.
Fabienne Fontaine et Michel Mathieu ont traversé des mois difficiles, très difficiles. « On a fait les gros titres des journaux comme des criminels, et pourtant, comme tant d’autres, nous sommes victimes de la crise financière, de la fuite et faillite des banques. On a vécu ça avec nos tripes. Cela a été dur, pour nous, les familles, les vrais amis. Nous gênons manifestement, nous faisons des jaloux, sûrement. Alors que nous poursuivons toujours avec la même ambition en faisant du bien à cette région qui en a besoin», commentent-ils.
Les questions, dans cette histoire, sont nombreuses. « Pourquoi ne parle-t-on pas, ici dans la province, d’une procédure à laquelle ont droit toutes les sociétés en difficulté, depuis début 2009 ? Elle peut concerner tous les indépendants, du petit agriculteur au PDG. La procédure de réorganisation judiciaire, les médias n’en font pas leurs gros titres. Et pourtant, cela peut sauver la mise de bien des PME qui rament mais veulent se battre pour leur activité et éviter la faillite ».
Pourquoi, dit encore Fabienne Fontaine, « mettre en péril des familles, un patrimoine, une activité porteuse pour une région ? Pourquoi a-t-on entendu qu’on pouvait se contenter de payer l’Etat et tant pis pour les autres ? Pourquoi dans le contexte mondial est-on prêt à annuler les dettes d’un pays en faillite et, en même temps, dans un contexte de pays en déroute, est-on prêt à écraser les initiatives de gens qui travaillent dur ? »
Acharnement curieux
Pourquoi cette forme de harcèlement aussi ? Quelques semaines après le prononcé de la faillite à Arlon, une quinzaine de personnes ont débarqué au Château du Bois d’Arlon. Sans s’annoncer auprès de la direction, ces personnes ont investi l’hôtel, le centre de bien-être, le restaurant (où se trouvaient des convives, passablement médusés). Qui étaient ces personnes ? Des policiers, des contrôleurs de l’ONSS, de la TVA et de l’AFSCA (contrôle de la chaîne alimentaire). Ils ont procédé à toute une série de contrôles et d’interrogatoires, auprès du personnel. Ils ont épluché les livres et documents administratifs. Ils ont tout vérifié dans la cuisine, les réserves, les chambres froides. Ils ont fait, certes avec un certain zèle, leur travail, en résumé. « Mais pourquoi l’ONSS revenait-elle à la charge, après avoir poussé une entreprise à la faillite ? Ces enquêteurs n’ont rien trouvé d’illicite. Personnel déclaré, livres clairs, hygiène irréprochable. Nous avons même reçu, en aparté, des félicitations des responsables de l’AFSCA. »
Les gérants du Château poursuivent. « Sommes-nous victimes d’une forme de paranoïa qui voit des complots ourdis dans l’ombre par des ennemis invisibles ? Ou sommes-nous victimes d’une forme insupportable de harcèlement diligentée par des « amis qui nous veulent du bien ? Déjà surpris par le zèle médiatique rarement (jamais) observé dans ce genre d’affaires, on a constaté d’autres choses. Dans l’édition 2011 du guide pratique de la Ville d’Arlon, imprimé été 2010, le « répertoire des commerces et industries » omet, à sa rubrique « Hôtels », de mentionner le Château du Bois d’Arlon, qui s’avère pourtant être le seul quatre étoiles reconnu d’Arlon et qui est toujours là, jusqu’à preuve du contraire ! Un simple oubli qui en dit long ? Au bout d’un moment, la succession des hasards interpelle. « A vous de juger si nous sommes devenus paranoïaques ou si nous subissons un acharnement curieux… »
Avancer, encore
En tout cas, après des semaines et des mois de furie, le calme revient. Ainsi donc, la faillite… n’a jamais eu lieu. Les curateurs ont fini leur mission. Qui n’aurait pas dû commencer. Il a fallu, jusqu’à preuve du contraire, payer leurs coûteux services…
La Région wallonne va-t-elle restituer les primes promises et qu’elle ne donnait plus à cause de la « faillite » ? Car oui, le Château a perdu des plumes et des clients mais heureusement il en a gardé beaucoup. « Cette fidélité fait chaud au cœur ». Les carnets de commande sont toujours très porteurs d’optimisme.
Le combat n’est pas fini. Rien n’est gagné. Mais manifestement, ceux qui avaient misé sur la fin de partie, perdue par les amoureux du château, en sont (et en seront) pour leurs frais. « Pas de faillite ». « Et on peut reparler d’avenir ». Les projets, mis sous le boisseau dans l’urgence et dans les vents de la crise, ressortiront un jour. Et feront avancer, encore…
Fabienne Fontaine et Michel Mathieu